mercredi 26 novembre 2008

Partir


Je lis pas mal de blogs de voyageurs comme moi. C'est drôle, je trouve qu'il y a toujours une sorte de ton mi-peureux, mi-conquis. "On dirait que", "c'est comme". Peu d'avis tranchés, peu de jugements. Beaucoup d'impressions. Et je ne suis pas une exception...

Difficile, vraiment difficile d'avoir ce regard sur une ville, un endroit, un moment dont on fait partie. Difficile aussi, et peut-être surtout, d'oser juger. Car cela implique un retour sur soi. Explication. Si j'osais écrire (vous admirerez cette construction en abîme qui me permet encore une fois de ne pas me lancer). Donc si j'osais écrire quelque chose comme "Je n'aime pas le regard qu'on porte sur les femmes au Maroc", ça implique qu'ici je ne suis pas bien, que je regrette. Ca casse toute la démarche du voyageur. Le voyageur se délecte de la différence. Certains disent qu'on fuit. Peut-être. J'aime à croire que non, je réponds souvent qu'on construit. Je ne sais pas très bien en fait. Disons que j'en fais une posture. Ne pas trop s'arrêter pour toujours aller de l'avant. Alors je sais bien, pour certains ça empêche de profiter. Moi ça m'empêche plutôt de m'ennuyer. Mais pour être honnête, parfois j'envie les rêveurs. Je les envie de prendre le temps, de savourer. Non pas que j'ai l'impression d'avoir un zapette en guise de cerveau. J'ai juste l'impression d'aller si vite que certains questionnements me traversent, sans vraiment me travailler. En fait voilà, j'aimerais bien travailler un peu plus toutes ces questions qui naissent de mon expérience ici. Un thème me taraude tout particulièrement, celui du fossé culturel. A priori, je déteste l'expression, encore plus l'idée. Elle va à l'encontre de la manière dont je conçois ma vie et je la mène actuellement. Pour moi la différence n'est pas un fossé, elle serait plutôt un moteur. Et puis vient l'expérience de la différence. Quand la différence rentre dans votre vie, s'y insinue, là tout de suite, elle devient pas dérangeante, mais elle s'impose comme une donnée. Une donnée du problème j'allais poursuivre. Une donnée de l'expérience. Bien malgré moi croyez-moi, je me demande si le fossé culturel n'en est pas un pour de vrai. Ces différences d'éducation, de religion, qui vous façonnent, vous font grandir, vous bercent, vous construisent. Forcément elles font de vous quelqu'un et pas un autre... Vous empêchent-elles de partager avec d'autres? Non, non je ne pense pas, je suis même convaincue que non. Plus je voyage, plus j'apprends. J'apprends que ces pilliers qui m'ont faits grandir peuvent vaciller. J'en suis simplement à me dire que ces différences ne sont pas qu'un enrichissement, parfois, elles sont peut-être un paramètre à gérer en plus, un paramètre à régler. Alors oui, oui j'aime la différence, je ne conçois pas de vivre sans, mais oui c'est parfois difficile. Difficile au quotidien, difficile parce qu'en tous les cas en ce qui me concerne, elle me retient d'être complètement authentique parfois. Par respect et pas méconnaissance.

mardi 25 novembre 2008

Bientôt l'Aïd el-Kebir !


C'est la fête musulmane la plus importante du calendrier. Elle a lieu trois mois après la fin du Ramadan.

Cette fête commémore la soumission d'Ibrahim (Abraham pour les Chrétiens)
à Dieu, lorsque le patriarche était prêt à sacrifier son fils Ismael sur son ordre. Ainsi, Ibrahim est, pour les musulmans, l'exemple du croyant parfait, n'hésitant pas à sacrifier son fils à Dieu. Ibrahim est considéré comme le premier des musulmans et tout le message du prophète Mohammed se résume à un retour aux traditions d'Ibrahim.

Pour commémorer cette soumission totale d'Ibrahim à Dieu, chaque famille, dans la mesure de ses moyens, sacrifie un mouton en l'égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque.


Le jour de l'Aïd est paraît-il trés impressionnant. Dans les rues, les rigoles versent parfois du sang de mouton, le boucher du quartier fait le tour du coin, son tablier rougissant au fur et à mesure de la journée. Un ami me racontait que c'était un honneur de participer à la mise à mort du mouton, de porter le premier coup par exemple. Le boucher professionnel terminant le travail. La viande n'est pas mangée tout de suite, elle doit reposer quelques jours. En revanche, la famille se régale des abats le jour même. Surtout du foie.


Une autre amie me disait que pour les enfants, ce n'était pas toujours facile. Car le mouton est choyé pendant une ou deux semaines avant par les habitants du foyer. Puis vient le moment du sacrifice, un déchirement. Et tous les ans ça recommence. Mais l'Aid, c'est aussi un moment familial très important. L'équivalent peut-être de Noel dans le calendrier chrétien. On va rendre visite à toute la famille, à tous les voisins. Certains me racontent leur overdose de thé et gateau, les visites s'enchainant...

Une fête du partage également. Mon propriétaire me racontait que les familles qui ont les moyens aident financièrement celles qui ne peuvent pas s'offrir un mouton, si petit soit-il. Le sacrifice n'est pas un des cinq pilliers de l'Islam, l'aumône si.

lundi 24 novembre 2008

Tanger : la ville des Chats


De toutes les couleurs, des racés, des bâtards, des domiciliés, des SDF, des abandonnés, Tanger déborde de chats... et donc de chatons. Peu de chiens, Tanger, c'est LA ville des chats

Sur la photo ci-dessus, un exemple de leur présence à nos côté quotidiennement. Petit restau, tagine de poisson et un chat qui vient réclamer... Juste un petit moment de la vie d'une tangéroise. 

Rabat la libre










Il y a quelques jours, j'ai pris la route direction Rabat. Et j'ai pris une sacrée claque. L'impression de découvrir un autre Maroc. Moins pesant, mais tout aussi intéressant.

Rabat est une ville administrative. Le Palais Royal, les ministères, le Parlement, le siège des grandes société. Une ville moderne donc, dans son architecture. Mais aussi une ville qui a une essence. Sa médina est authentique, comparable à celle de Tétouan. Les prix sont affichés, à peine si on négocie. Signe qu'elle est fréquentée des Marocains, pas des touristes. 

Un mélange passé présent qui m'a séduite. La Kasbah des Oudaias, une merveille. Perchée à l'embouchure du fleuve, elle brille par sa simplicité et bénéficie d'un point de vue imprenable sur la plage. Pas loin la ville nouvelle. Un peu à l'extérieur, juste à côté du palais d'Hassan II, l'ancien quartier juif, le Chellah. Une splendeur. Une oasis de verdure et de vestiges entourés d'une muraille crénellée. 


Une ville paisible. Ou l'on se sent chez soi très vite. J'en oubliais presque que j'étais française au Maroc. Pas de regard, pas de pression. En tout cas, je ne l'ai pas percu.
Ce qui m'a tout particulièrement marqué, par rapport à Tanger, c'est la situation des femmes. Moins portent le foulard. Nombreuses sont elles, seules, la clope au bec, en terrasse (impensable à Tanger). Certaines sont très sexy et se baladent sur le boulevard Hassan II l'air de rien, et elles ont bien raison. 
J'ai aussi vu de nombreux couples. Jeunes, libres de se tenir la main, d'avoir des gestes de tendresse. Et il paraît que Rabat à coté de Marrakech ou Casa ce n'est rien. Je n'ose même pas imaginer ce que j'y ressentirai... Un autre Maroc. Moins conservateur. 


dimanche 23 novembre 2008

Dans la série des désastres tangérois


Enfin, vous diront les Marocains. Hélas, vous répondront les amoureux de la ville. Les travaux de la route qui longera le littoral sont lancés. Un désastre esthétique, peut-être même pas justifié. Le projet avait été lancé avant la construction du Port Tanger Med d'où part maintenant l'autoroute... pourquoi faire cette route alors?

Cette photo est prise d'une maison de la Kasbah. Pas très difficile de prendre conscience de l'erreur de construire cette route. Elle va détruire la vue, polluer au plan sonore. Que va devenir l'emblématique café Haffa si des camions passent sous le nez de ses clients à longueur de temps? 

Une nouvelle illustration de l'anarchie dans la gestion du Maroc. Pas de politique d'aménagement du territoire digne de ce nom dans un si beau pays... Inch'allah 

Merci à la photographe

Dans la séries des petits plaisirs tangérois....


Que de plaisir pour à peine 40 Dirhams... 
Un endroit un peu caché, très authentique.
Le port de pécheurs de Tanger. A midi, vous y croisez des policiers, des pecheurs, des femmes de ménage. Menu unique : d'abord crevettes grillées puis ce magnifique mélange de poissons frits. Un délice des yeux et des papilles. 

La méfiance amoureuse


Un peu plus de deux mois que je suis ici. De quoi commencer à percer un peu mieux les méandres d'une société qui se cache. A l'occasion d'une discussion avec une jeune Marocaine, j'ai mesuré une chose que j'osais à peine soupçonner. La méfiance est ici une donnée sociale dans les relations amoureuses. 

Les jeunes utilisent l'expression "entrer en relation" lorsque nous Français disons "sortir". Echanger les numéros de téléphones, s'appeler, s'envoyer des messages, et se voir sans pouvoir être surpris. Car une chose ici, est fondamentale : théoriquement, pas de relation pré-matrioniale. Cela veut donc dire pas de geste de tendresse en public, pas de baiser. 

Cela ne se fait pas, jusqu'à la présentation aux parents. Cette étape scelle la relation. Et aux yeux des jeunes Marocaines, elle est l'assurance de la fidélité, car le jeune homme ne pourra pas (plus) aller voir ailleurs avec cette pression familiale. C'est donc la société qui dicte la confiance au sein du couple. Et comme regard social il n'y a pas avant l'épisode de la présentation aux parents, confiance il n'y a pas non plus. 

De toutes ces contraintes nait une évidence : souvent, les garçons vont voir ailleurs. La méfiance est de mise. L'ampleur du phénomène m'apparaît petit à petit. Les Marocaines ne font pas confiance. Les garçons non plus. Elles développent des stratégies pour tester la fidélité de leur copain. Eux le manifestent en "fliquant" au maximum leur compagne. Difficile de se projeter dans cet univers pour nous Européens qui vivons dans la liberté et nous définissons un peu moins par rapport au regard des autres et de la famille. Toute la difficulté, c'est de respecter  -car nous sommes ici au Maroc, c'est donc à nous de nous adapter- tout en conservant notre manière d'être. Le couple mixte demande des adaptations permanentes et beaucoup de dialogue.  

Je tiens à nuancer mon propos en insistant sur un point : je parle de Tanger. Partie quelques jours à Rabat, j'ai mesuré combien les réalités sociales d'une ville ne sont pas les mêmes que dans la cité voisine. Tanger est finalement bien plus traditionnelle que ce que j'avais lu ou entendu. La ville du Rif prétend jouir toujours de l'ouverture internationale qui a été la sienne au siècle dernier, mais cela me semble erroné. Nous sommes dans une ville où le voile est bien plus présent qu'à Rabat, ou pas une femme de se permet de prendre un thé en terrasse, où les convenances sont bien plus lourdes qu'annoncées.