dimanche 23 novembre 2008

Dans la série des désastres tangérois


Enfin, vous diront les Marocains. Hélas, vous répondront les amoureux de la ville. Les travaux de la route qui longera le littoral sont lancés. Un désastre esthétique, peut-être même pas justifié. Le projet avait été lancé avant la construction du Port Tanger Med d'où part maintenant l'autoroute... pourquoi faire cette route alors?

Cette photo est prise d'une maison de la Kasbah. Pas très difficile de prendre conscience de l'erreur de construire cette route. Elle va détruire la vue, polluer au plan sonore. Que va devenir l'emblématique café Haffa si des camions passent sous le nez de ses clients à longueur de temps? 

Une nouvelle illustration de l'anarchie dans la gestion du Maroc. Pas de politique d'aménagement du territoire digne de ce nom dans un si beau pays... Inch'allah 

Merci à la photographe

Dans la séries des petits plaisirs tangérois....


Que de plaisir pour à peine 40 Dirhams... 
Un endroit un peu caché, très authentique.
Le port de pécheurs de Tanger. A midi, vous y croisez des policiers, des pecheurs, des femmes de ménage. Menu unique : d'abord crevettes grillées puis ce magnifique mélange de poissons frits. Un délice des yeux et des papilles. 

La méfiance amoureuse


Un peu plus de deux mois que je suis ici. De quoi commencer à percer un peu mieux les méandres d'une société qui se cache. A l'occasion d'une discussion avec une jeune Marocaine, j'ai mesuré une chose que j'osais à peine soupçonner. La méfiance est ici une donnée sociale dans les relations amoureuses. 

Les jeunes utilisent l'expression "entrer en relation" lorsque nous Français disons "sortir". Echanger les numéros de téléphones, s'appeler, s'envoyer des messages, et se voir sans pouvoir être surpris. Car une chose ici, est fondamentale : théoriquement, pas de relation pré-matrioniale. Cela veut donc dire pas de geste de tendresse en public, pas de baiser. 

Cela ne se fait pas, jusqu'à la présentation aux parents. Cette étape scelle la relation. Et aux yeux des jeunes Marocaines, elle est l'assurance de la fidélité, car le jeune homme ne pourra pas (plus) aller voir ailleurs avec cette pression familiale. C'est donc la société qui dicte la confiance au sein du couple. Et comme regard social il n'y a pas avant l'épisode de la présentation aux parents, confiance il n'y a pas non plus. 

De toutes ces contraintes nait une évidence : souvent, les garçons vont voir ailleurs. La méfiance est de mise. L'ampleur du phénomène m'apparaît petit à petit. Les Marocaines ne font pas confiance. Les garçons non plus. Elles développent des stratégies pour tester la fidélité de leur copain. Eux le manifestent en "fliquant" au maximum leur compagne. Difficile de se projeter dans cet univers pour nous Européens qui vivons dans la liberté et nous définissons un peu moins par rapport au regard des autres et de la famille. Toute la difficulté, c'est de respecter  -car nous sommes ici au Maroc, c'est donc à nous de nous adapter- tout en conservant notre manière d'être. Le couple mixte demande des adaptations permanentes et beaucoup de dialogue.  

Je tiens à nuancer mon propos en insistant sur un point : je parle de Tanger. Partie quelques jours à Rabat, j'ai mesuré combien les réalités sociales d'une ville ne sont pas les mêmes que dans la cité voisine. Tanger est finalement bien plus traditionnelle que ce que j'avais lu ou entendu. La ville du Rif prétend jouir toujours de l'ouverture internationale qui a été la sienne au siècle dernier, mais cela me semble erroné. Nous sommes dans une ville où le voile est bien plus présent qu'à Rabat, ou pas une femme de se permet de prendre un thé en terrasse, où les convenances sont bien plus lourdes qu'annoncées.