mercredi 26 novembre 2008

Partir


Je lis pas mal de blogs de voyageurs comme moi. C'est drôle, je trouve qu'il y a toujours une sorte de ton mi-peureux, mi-conquis. "On dirait que", "c'est comme". Peu d'avis tranchés, peu de jugements. Beaucoup d'impressions. Et je ne suis pas une exception...

Difficile, vraiment difficile d'avoir ce regard sur une ville, un endroit, un moment dont on fait partie. Difficile aussi, et peut-être surtout, d'oser juger. Car cela implique un retour sur soi. Explication. Si j'osais écrire (vous admirerez cette construction en abîme qui me permet encore une fois de ne pas me lancer). Donc si j'osais écrire quelque chose comme "Je n'aime pas le regard qu'on porte sur les femmes au Maroc", ça implique qu'ici je ne suis pas bien, que je regrette. Ca casse toute la démarche du voyageur. Le voyageur se délecte de la différence. Certains disent qu'on fuit. Peut-être. J'aime à croire que non, je réponds souvent qu'on construit. Je ne sais pas très bien en fait. Disons que j'en fais une posture. Ne pas trop s'arrêter pour toujours aller de l'avant. Alors je sais bien, pour certains ça empêche de profiter. Moi ça m'empêche plutôt de m'ennuyer. Mais pour être honnête, parfois j'envie les rêveurs. Je les envie de prendre le temps, de savourer. Non pas que j'ai l'impression d'avoir un zapette en guise de cerveau. J'ai juste l'impression d'aller si vite que certains questionnements me traversent, sans vraiment me travailler. En fait voilà, j'aimerais bien travailler un peu plus toutes ces questions qui naissent de mon expérience ici. Un thème me taraude tout particulièrement, celui du fossé culturel. A priori, je déteste l'expression, encore plus l'idée. Elle va à l'encontre de la manière dont je conçois ma vie et je la mène actuellement. Pour moi la différence n'est pas un fossé, elle serait plutôt un moteur. Et puis vient l'expérience de la différence. Quand la différence rentre dans votre vie, s'y insinue, là tout de suite, elle devient pas dérangeante, mais elle s'impose comme une donnée. Une donnée du problème j'allais poursuivre. Une donnée de l'expérience. Bien malgré moi croyez-moi, je me demande si le fossé culturel n'en est pas un pour de vrai. Ces différences d'éducation, de religion, qui vous façonnent, vous font grandir, vous bercent, vous construisent. Forcément elles font de vous quelqu'un et pas un autre... Vous empêchent-elles de partager avec d'autres? Non, non je ne pense pas, je suis même convaincue que non. Plus je voyage, plus j'apprends. J'apprends que ces pilliers qui m'ont faits grandir peuvent vaciller. J'en suis simplement à me dire que ces différences ne sont pas qu'un enrichissement, parfois, elles sont peut-être un paramètre à gérer en plus, un paramètre à régler. Alors oui, oui j'aime la différence, je ne conçois pas de vivre sans, mais oui c'est parfois difficile. Difficile au quotidien, difficile parce qu'en tous les cas en ce qui me concerne, elle me retient d'être complètement authentique parfois. Par respect et pas méconnaissance.

mardi 25 novembre 2008

Bientôt l'Aïd el-Kebir !


C'est la fête musulmane la plus importante du calendrier. Elle a lieu trois mois après la fin du Ramadan.

Cette fête commémore la soumission d'Ibrahim (Abraham pour les Chrétiens)
à Dieu, lorsque le patriarche était prêt à sacrifier son fils Ismael sur son ordre. Ainsi, Ibrahim est, pour les musulmans, l'exemple du croyant parfait, n'hésitant pas à sacrifier son fils à Dieu. Ibrahim est considéré comme le premier des musulmans et tout le message du prophète Mohammed se résume à un retour aux traditions d'Ibrahim.

Pour commémorer cette soumission totale d'Ibrahim à Dieu, chaque famille, dans la mesure de ses moyens, sacrifie un mouton en l'égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque.


Le jour de l'Aïd est paraît-il trés impressionnant. Dans les rues, les rigoles versent parfois du sang de mouton, le boucher du quartier fait le tour du coin, son tablier rougissant au fur et à mesure de la journée. Un ami me racontait que c'était un honneur de participer à la mise à mort du mouton, de porter le premier coup par exemple. Le boucher professionnel terminant le travail. La viande n'est pas mangée tout de suite, elle doit reposer quelques jours. En revanche, la famille se régale des abats le jour même. Surtout du foie.


Une autre amie me disait que pour les enfants, ce n'était pas toujours facile. Car le mouton est choyé pendant une ou deux semaines avant par les habitants du foyer. Puis vient le moment du sacrifice, un déchirement. Et tous les ans ça recommence. Mais l'Aid, c'est aussi un moment familial très important. L'équivalent peut-être de Noel dans le calendrier chrétien. On va rendre visite à toute la famille, à tous les voisins. Certains me racontent leur overdose de thé et gateau, les visites s'enchainant...

Une fête du partage également. Mon propriétaire me racontait que les familles qui ont les moyens aident financièrement celles qui ne peuvent pas s'offrir un mouton, si petit soit-il. Le sacrifice n'est pas un des cinq pilliers de l'Islam, l'aumône si.

lundi 24 novembre 2008

Tanger : la ville des Chats


De toutes les couleurs, des racés, des bâtards, des domiciliés, des SDF, des abandonnés, Tanger déborde de chats... et donc de chatons. Peu de chiens, Tanger, c'est LA ville des chats

Sur la photo ci-dessus, un exemple de leur présence à nos côté quotidiennement. Petit restau, tagine de poisson et un chat qui vient réclamer... Juste un petit moment de la vie d'une tangéroise. 

Rabat la libre










Il y a quelques jours, j'ai pris la route direction Rabat. Et j'ai pris une sacrée claque. L'impression de découvrir un autre Maroc. Moins pesant, mais tout aussi intéressant.

Rabat est une ville administrative. Le Palais Royal, les ministères, le Parlement, le siège des grandes société. Une ville moderne donc, dans son architecture. Mais aussi une ville qui a une essence. Sa médina est authentique, comparable à celle de Tétouan. Les prix sont affichés, à peine si on négocie. Signe qu'elle est fréquentée des Marocains, pas des touristes. 

Un mélange passé présent qui m'a séduite. La Kasbah des Oudaias, une merveille. Perchée à l'embouchure du fleuve, elle brille par sa simplicité et bénéficie d'un point de vue imprenable sur la plage. Pas loin la ville nouvelle. Un peu à l'extérieur, juste à côté du palais d'Hassan II, l'ancien quartier juif, le Chellah. Une splendeur. Une oasis de verdure et de vestiges entourés d'une muraille crénellée. 


Une ville paisible. Ou l'on se sent chez soi très vite. J'en oubliais presque que j'étais française au Maroc. Pas de regard, pas de pression. En tout cas, je ne l'ai pas percu.
Ce qui m'a tout particulièrement marqué, par rapport à Tanger, c'est la situation des femmes. Moins portent le foulard. Nombreuses sont elles, seules, la clope au bec, en terrasse (impensable à Tanger). Certaines sont très sexy et se baladent sur le boulevard Hassan II l'air de rien, et elles ont bien raison. 
J'ai aussi vu de nombreux couples. Jeunes, libres de se tenir la main, d'avoir des gestes de tendresse. Et il paraît que Rabat à coté de Marrakech ou Casa ce n'est rien. Je n'ose même pas imaginer ce que j'y ressentirai... Un autre Maroc. Moins conservateur. 


dimanche 23 novembre 2008

Dans la série des désastres tangérois


Enfin, vous diront les Marocains. Hélas, vous répondront les amoureux de la ville. Les travaux de la route qui longera le littoral sont lancés. Un désastre esthétique, peut-être même pas justifié. Le projet avait été lancé avant la construction du Port Tanger Med d'où part maintenant l'autoroute... pourquoi faire cette route alors?

Cette photo est prise d'une maison de la Kasbah. Pas très difficile de prendre conscience de l'erreur de construire cette route. Elle va détruire la vue, polluer au plan sonore. Que va devenir l'emblématique café Haffa si des camions passent sous le nez de ses clients à longueur de temps? 

Une nouvelle illustration de l'anarchie dans la gestion du Maroc. Pas de politique d'aménagement du territoire digne de ce nom dans un si beau pays... Inch'allah 

Merci à la photographe

Dans la séries des petits plaisirs tangérois....


Que de plaisir pour à peine 40 Dirhams... 
Un endroit un peu caché, très authentique.
Le port de pécheurs de Tanger. A midi, vous y croisez des policiers, des pecheurs, des femmes de ménage. Menu unique : d'abord crevettes grillées puis ce magnifique mélange de poissons frits. Un délice des yeux et des papilles. 

La méfiance amoureuse


Un peu plus de deux mois que je suis ici. De quoi commencer à percer un peu mieux les méandres d'une société qui se cache. A l'occasion d'une discussion avec une jeune Marocaine, j'ai mesuré une chose que j'osais à peine soupçonner. La méfiance est ici une donnée sociale dans les relations amoureuses. 

Les jeunes utilisent l'expression "entrer en relation" lorsque nous Français disons "sortir". Echanger les numéros de téléphones, s'appeler, s'envoyer des messages, et se voir sans pouvoir être surpris. Car une chose ici, est fondamentale : théoriquement, pas de relation pré-matrioniale. Cela veut donc dire pas de geste de tendresse en public, pas de baiser. 

Cela ne se fait pas, jusqu'à la présentation aux parents. Cette étape scelle la relation. Et aux yeux des jeunes Marocaines, elle est l'assurance de la fidélité, car le jeune homme ne pourra pas (plus) aller voir ailleurs avec cette pression familiale. C'est donc la société qui dicte la confiance au sein du couple. Et comme regard social il n'y a pas avant l'épisode de la présentation aux parents, confiance il n'y a pas non plus. 

De toutes ces contraintes nait une évidence : souvent, les garçons vont voir ailleurs. La méfiance est de mise. L'ampleur du phénomène m'apparaît petit à petit. Les Marocaines ne font pas confiance. Les garçons non plus. Elles développent des stratégies pour tester la fidélité de leur copain. Eux le manifestent en "fliquant" au maximum leur compagne. Difficile de se projeter dans cet univers pour nous Européens qui vivons dans la liberté et nous définissons un peu moins par rapport au regard des autres et de la famille. Toute la difficulté, c'est de respecter  -car nous sommes ici au Maroc, c'est donc à nous de nous adapter- tout en conservant notre manière d'être. Le couple mixte demande des adaptations permanentes et beaucoup de dialogue.  

Je tiens à nuancer mon propos en insistant sur un point : je parle de Tanger. Partie quelques jours à Rabat, j'ai mesuré combien les réalités sociales d'une ville ne sont pas les mêmes que dans la cité voisine. Tanger est finalement bien plus traditionnelle que ce que j'avais lu ou entendu. La ville du Rif prétend jouir toujours de l'ouverture internationale qui a été la sienne au siècle dernier, mais cela me semble erroné. Nous sommes dans une ville où le voile est bien plus présent qu'à Rabat, ou pas une femme de se permet de prendre un thé en terrasse, où les convenances sont bien plus lourdes qu'annoncées. 



mercredi 5 novembre 2008

Ceuta : "la ciudad de las compras"




Ceuta est, avec Mellila, une des deux enclaves espagnoles en terre marocaine. Située à un peu plus de 60 kilomètres de Tanger, côté Méditerranée, Ceuta est une sorte de presqu'île. On y passe la frontière comme si on allait en Espagne territoriale. Mais sa situation "africaine" en fait l'un des espoirs pour les aspirants immigrés.
Difficile de passer, l'air de rien, aux côtés de colonnes de pauvres personnes tentant parfois au péril de leur vie, de passer en Europe. Aux abords de la frontière, un marché où se négocient des produits venus d'Espagne et introuvables au Maroc.
La frontière passée, le contraste est flagrant. Les rues sont propres, les gens habillés à l'européenne. Mais cette journée passée à Ceuta -Sebta en arabe- ne m'a pas plus du tout. Mise à part la joie de pouvoir manger du jambon, du chorizo et de ramener de la bière, l'athmosphère est assez oppressante et je m'y suis sentie mal à l'aise. Revenir d'un seul coup dans le "luxe" européen, car le Maroc est bien un pays du Tiers-Monde, est dérangeant.

En fait, on est bien remis à sa place. Voici ta vie. De l'autre côté de la frontière, ne te trompe pas, c'est celle des Marocains.

Alors Ceuta a bien compris le filon. Des supermarchés, des détaxes, des magasins de vêtements à n'en plus finir dans la rue piétonne (sans charme aucun). Son slogan : la ville des courses... tout est dit...

mardi 21 octobre 2008

Tétouan ou de l'habileté d'éconduire les guides insistants





Pour certains, la Médina de Tétouan est la plus belle de tout le Maroc. Située à une soixantaine de kilomètres de Tanger, la ville est considérée, avec Fez, comme l'une des plus traditionnelles du royaume. Sa médina immense laisse présager de la survie des coutûmes ancestrales.

La Médina a la particularité d'avoir une spécialité par rue. La rue du marché d'occasion (ou tombé du camion), la rue des tanneurs, la rue des vêtements, la rue des fruits et légumes, la rue des quincalliers (sur la photo)...

Comme dans apparemment de nombreuses villes touristiques, nous sommes abordés par un guide qui nous montre sa carte officielle. Visite de la Médina pour 50 dh. Nous refusons gentiment. Nous poursuivons notre chemin, mais le guide nous suit et commence à m'expliquer deux trois trucs. Amusée, je lui dis "ah bah non, vous n'allez quand même pas me commencer la visite guidée sans mon accord". Avec humour, il nous relance, nous finissons par accepter. Ses explications ne sont pas très poussées, mais l'homme est drôle, sérieux (même s'il nous amène chez un tisserand avec lequel il semble avoir un petit business) et très serviable. Il nous attendra plus d'une heure pendant que nous déjeunons.

La visite guidée terminée, nous allons dans le Mellah, le quartier juif de Tétouan. Rapidement, un jeune homme nous aborde. Agacés et désormais prévenus, nous essayons de l'éconduire gentiment. Raté, il finit par nous amener à une herboristerie "à deux minutes, juste pour plaisir des yeux". Plus de dix minutes de marche. Il nous fait le coup de nous perdre pour pouvoir nou sramener et gagner 10 dirhams. Excédée, je décide de ne rien lui donner. Le tenancier de l'herboristerie comprend d'ailleurs très vite notre état d'esprit et ne nous impose pas la classique séance d'"explications", sensée précédée la phase d'achat !!!

(Chef)Chaouen de jour !








Une merveille. Un dédale de ruelles plus belles les unes ques les autres. Des portes magnifiques. Une Médina vivante. Les enfants accourent de partout. À la sortie de l'école, devant les boutiques pour acheter 10dh un petit paquet de gateaux. Les vieilles personnes qui montent, courageusement les rues abruptes du quartier. Des marchands, nombreux, qui alpaguent les touristes dès qu'il en passe un. C'est d'ailleurs très agaçant. A peine sortis de la voiture, nous sommes abordés par un vieux monsieur en djelaba. Il a une technique bien rôdée. D'abord il nous explique gentiment qu'évidemment nous pouvons nous garer ici, engage l'air de rien la discussion, puis nous propose une visite guidée de la ville pour 100dh. Nous refusons poliment. L'ennui, c'est qu'il ne s'arrête pas là. Comme si c'était impensable de refuser. Très désagréable, franchement. Car on vient à être systématiquement sur la défensive dès qu'on est abordé.

Même topo avec un vendeur de tissu. Il nous arrête dans la rue, nous récite l'impressionnante liste des départements français qu'il connait, et insidueusement nous incite à venir voir "juste pour le plaisir des yeux" ses nombreux tissus et tapis rifains. A tel point insistant qu'ayant réussi à nous dépétrer de cette situation légèrement oppressante, nous évitons à tout pris de repasser devant sa boutique. Contre productif donc.

Chaouen est aussi connu pour son kif. Il n'est pas rare de croiser des gens dans la rue entrain de se rouler un pétard. Ce qui fait le bonheur des touristes, souvent espagnols, qui viennent visiter la petite ville. Nombreux sont donc les chaoueniens (???!!!!) un peu dans les vapes. Tout le monde fume nous dit-on, sauf les femmes évidemment. Pas bien vu, pas concevable.

(Chef)Chaouen de nuit




Arrivée à Chaouen, à une cinquantaine de kilomètres de Tétouan pendant la nuit. Une petite ville à 600 mètres d'altitude, au pied d'une montage. Elle est renommée pour sa couleur : le bleu, et son kif.

Première balade à la lumière des rares lampadaires. Beaucoup de bleu, quelques échoppes, peu de gens.

Difficile de se repérer dans le dédale de la Médina. Ca grimpe beaucoup, peu de points de repère, si ce n'est aucun. Les rues de ressemblent...

Limite angoissant. Surtout lorsqu'il a fallu trouver un petit taxi dans les rues désertes de la ville nouvelle...

lundi 20 octobre 2008

Fez épisode n°7 : vue du haut du palais Mnebhi





C'est en descendant la rue Talaa Sghira (l'une des deux "artères-repère") qu'on croise ce palais, ancienne demeure du Maréchal Lyautey, du temps du protectorat français. Un homme parlant un français parfait nous propose faire un tour sur la terrasse d'où la vue est paraît-il imprenable. C'est sur cette terrasse que j'ai pris coscience de l'ampleur de la vieille ville.

L'honne glisse dans la conversation qu'en plus d'être devenu un restaurant très chic, le palais acceuille maintenant des femmes abandonnées dans les appartements du dessus. Il nous demandera après nous avoir laissé prendre quelques photos des Dirhams pour ces femmes...

dimanche 19 octobre 2008

Fez épisode n°6 : le quartier des Andalous





Nous sommes au bas de la Médina et pourtant, ça continue à monter. L'impression d'être dans la vraie, pas celle du haut où sont concentrés les touristes. Il y fait meilleur vivre, pour les étrangers que nous sommes. Les épiciers ont déjà leurs habitués, ils ne nous sautent pas dessus pour nous vendre une paire de babouches... Ici, nous déambulons plus sereinement, et ce n'en est que plus beau. Des poules, des enfants, des vendeurs de poupées, de DVD, de vêtements (des collections qui datent, au bas mot, d'il y a une dizaine d'années...). C'est vendredi, beaucoup portent la djelaba puisque c'est le jour de la prière.

Lost in translation, nous errons, à la recherche d'une indication. Difficile de se fier aux Fetis, pour qui à la question "c'est par où le ...?" la réponse est TOUJOURS "là bas, et ensuite, tout droit..." Alors que les rues se croisent, se décroisent, tournent, s'arrêtent, reprennent...

Fez épisode n°5 : les medersa




Fez, ce sont aussi ses médersa ou madrassas. D'anciens collèges religieux. Sur ces photos, la médersa qui jouxte la mosquée des Andalous, pas très loin du quartier Chouara, au sud de la Médina. À l'étage, des cellules pour les étudiants. Un peu un organisation comme dans les couvents chrétiens. Un îlot de tranquilité. Derrière cette porte, le brouhaha...

Cette médersa n'est pas complètement abandonnée. En témoignent son gardien, le tuyau d'arrosage qui alimente la fontaine et les quelques jeunes étudiants -bien peignés, la plupart lunettes vissées sur le nez, des livres à la main- que nous croisons. Une chose est sûre en revanche, elle n'est pas entretenue. À l'étage, nous trouvons des salles jonchées de détritus, de vieilles baskets, alors que nous sommes dans un endroit magnifique.

Un homme vient nous voir à la sortie. Il nous propose de monter chez une de ses voisines. De sa terrasse, on peut voir l'intérieur de la mosquée, dans laquelle les non-musulmans ne sont pas autorisés à rentrer. Nous frappons, elle n'est pas là. Au marché. Dommage.

Fez épisode n°4 : la Médina






Fez, c'est une Médina gigantesque comme nul ne peut l'imaginer. En tout cas pas moi. On en prend conscience que de l'extérieur, quand on peut admirer l'enchevêtrement des toitures.

Le mieux, c'est de s'y perdre. Ne vous etonnez pas, vous allez être sollicités. Vous êtes touristes, on ne va pas vous louper. (une amie vient d'utiliser l'expression portefeuille sur pattes, c'est plutôt bien vu non?) Certains détestent, je m'y suis faite. C'est comme ça. Fez offre bien d'autres choses. C'est vraiment la ville de l'artisanat. Tissu, poteries, bijoux, cuir... Beaucoup de choses sont effectivement fabriquées ici, contrairement à de nombreuses villes au Maroc, qui ne sont que des comptoirs.

La Médina fétie, c'est donc un monde. Ca grouille de partout. Des hommes. Des enfants, beaucoup. Des écolières. Des vieux. Des ânes. Des chats, partout. Peu de chiens. Des touristes, beaucoup trop, mais je suis mal placée pour le dire...

Deux rues principales partent du haut de la Bab Boujdoul. En les empruntant vous risquez de tomber dans le parcours touristique type. Empruntez plutôt les ruelles. Vous y croiserez des échaffaudages. Signe d'un attrait des riches marocains et occidentaux pour la rénovation des maisons de la Médina. Des ânes chargés (comme des baudets justement) de briques, de tapis, de poufs, de peaux de bêtes... Des vieux, qui délirent sur le chemin de la Mosquée. Des enfants qui s'amusent à vous suivre en disant bonjour. Des jeunes hommes qui vous appellent gazelle. Une fête de circoncision. Sur un âne, le petit et son papa, littéralement plongés dans une marée humaine familière. Les femmes frappent dans leurs mains, lancent que youyou. Le gamin a l'air tout content. Il est le centre de l'attention, suivi par un groupe de musiciens en tenue traditionnelle.

Comme dans toutes les mosquées du Royaume, sauf deux il me semble, il n'est pas possible de rentrer dans les Mosquées. Elles sont nombreuses dans cette ville. De la belle Mosquee qarouyine du bas de la Médina, à la mosquée des Andalous en passant par les petites salles de prière et d'ablution, au hasard d'une rue.

Fez épisode n°3 : le quartier des tanneurs






Dans le bas de la Médina, se trouve le quartier des Tanneurs, dit quartier Chouara. Difficile d'y échapper. On vous harcèle de propositions pour aller sur une terrasse profiter de la vue et observer le travail des tanneurs. Allez-y, même si ce harcèlement vous excède. Vous passeriez à côté d'une splendeur.

Trois étapes : d'abord le passage dans la chaux (cuves blanches), ensuite dans la fiente de pigeon (vuces grises), puis la coloration. Trois types de peau de bête : chèvre, dromadaire et mouton.

L'odeur est irrespirable. Déjà, dans les ruelles adjacentes, elle vous coupe presque le souffle. Lorsque vous grimpez les étages de la tannerie qui a réussi à vous convaincre, on vous distribue des brins de menthe pour atténuer l'odeur. Mais le spectacle vaut le détour. Au milieu de maisons entassées, sans qu'on puisse le soupçonner se trouvent 575 cuves (le chiffre me semble exorbitant mais il me vient du vendeur) irrégulières mais disposées de manière à peu près géométrique s'offrent à vous. Pour vous donner un ordre de grandeur, approximatif, la tannerie doit faire 400 mètres sur 300. Une odeur, du bruit, du labeur. Le travail semble harassant. Ceux qui sont affectés aux cuves de chaux portent systématiquement des bottes et des protections. La laine récupérée des bêtes tuées est utilisée pour rembourer les matelas ou les poufs (de 250 à 700 dirham non négociés selon la taille et la peau, apparemment, la peau de dromadaire n'est pas très chère...)

Après les quelques clichés qu'on vous permet de faire (les photos sont un grand business ici), on vous descend à la boutique. Le royaume des babouches, sacs, ceintures, blousons... sur plusieurs étages. Bon niveau couleur, on a vu plus raffiné. Vous pourrez quand même trouver un tapis vert fluo. Mais véridique, on m'a soutenu mordicus que c'était naturel !

J'ai été agréablement suprise qu'on ne me quémande pas quelques dirhams pour l'explication à laquelle j'ai eu droit sur le toit, et en plus, le jeune homme me répète que je ne suis pas obligée d'acheter, qu'il n'y a pas d'obligation. A entendre mes collègues européens croisés dans les petites rues, ce n'est pas le cas partout.

Fez épisode n°2 : le cas d'école





Alors que nous déambulions dans les méandres de l'une -si ce n'est la plus- des plus grandes médinas du Maroc, nous passons devant une porte. Entre un vendeur de chaussures et un marchands de pain. Une petite salle de classe avec porte sur cour. Une quinzaine d'enfants, une maîtresse. Des inscriptions au tableau. Jolie scenette. Alors que nous immortalisons le moment de l'extérieur, l'institrutrice nous fait signe. "Rentrez, rentrez". Elle s'adresse à ses élèves en arabe, leur demande de nous chanter "Frère Jacques", de dire dire "bonjour mesdemoiselles".

Elle nous autorise à prendre les petits en photo et nous propose même de nous prendre avec les enfants. Je la remercie, et elle me montre alors le chiffre 100 inscrit sur son cahier, "pour du matériel" me dit-elle. Cent Dirhams: c'est le prix à payer pour vendre l'image de ses élèves. Et ce n'est visiblement pas une exception. Quelques centaines de mètres plus loin. Même scène. Deux autres jeunes filles se retrouvent dans la même situation...

C'est fou parce qu'en se retrouvant dans cette situation, on est désemparé. On se sent pris au piège et en même temps tellement privilégié. J'ai donné toutes les pièces que j'avais, peut-être 15 dirhams (1,20 euro).

Le plus frappant en arrivant à Fez, et bien plus qu'à Tanger, c'est de voir combien les Fétis (habitants) vivent dans l'expectative du touriste. À toutes les boutiques, ils vous alpalguent. "Tu veux des babouches, c'est ici" "Restaurant pas cher"... Ca en devient franchement énervant, même si évidemment, je comprends. Nous sommes leur gagne pain. Sans le tourisme, Fez serait bien moins entretenue (toute proportion gardée étant donnée la saleté générale de ce bijou ) Pour preuve l'utilisation de l'anglais pas les marchands ! Ou le fossé entre les mots routiniers destinés au touriste et le vrai niveau de français. Exemple avec un tisserand. Mohamed nous fait rentrer dans sa boutique et nous montre la machine à tisser. Dans un français parfait, il nous explique que le fil utilisé vient de vers à soie de cactus ou quelque chose comme ça. Après nous avoir fait quinze fois la démonstration, dit trente fois bienvenue, et ce en toute gentillesse, impossible d'aller plus loin dans la conversation. En fait, Mohamed le parle mal...